Voici comment éradiquer l’alcool au volant sur les routes d’Europe
Plus de 40 000 personnes meurent chaque année sur les routes européennes. Nombre de ces accidents auraient pu être évités si l’alcool n’avait pas été en cause. Le secteur du transport européen a décidé d’adopter une ligne de conduite dure pour venir à bout du problème.
L
e tableau n’est pas très réjouissant : 43.000 personnes sont mortes dans des accidents de la route en 2007. Bien que la tendance soit à la baisse - le nombre de décès a diminué de 11.000 depuis le début des années 2000- le problème ne peut pas être ignoré : les routes d’Europe font plus de victimes qu’un crash aérien chaque jour de l’année !
Une grande partie du problème est liée à l’alcool. Environ un accident de la route sur quatre est dû à la consommation d’alcool, ce qui signifie qu’il est à l’origine de 10.000 décès annuels dans des accidents de voiture. Les automobilistes représentent la majorité absolue des accidents liés à l’alcool. Les décideurs politiques et les représentants de l’industrie en Europe se mobilisent à présent pour éradiquer l’alcool au volant sur les routes de l’UE.
« Avec la vitesse et le non-port de la ceinture de sécurité, le risque alcool est peut-être le domaine qui impacte le plus sur la sécurité routière. Nous devons nous attaquer à ce problème par l’application stricte des lois, en investissant dans les nouvelles technologies et en changeant les mentalités », explique Ellen Townsend, Policy Director de l’ETSC (Conseil Européen de la Sécurité des Transports), organisation non gouvernementale, dédiée à la réduction du nombre et de la gravité des accidents de transport en Europe.
Pour ce qui est des mentalités, elle pose la question de savoir si vous laisseriez un ami rentrer chez lui au volant de sa propre voiture, après quelques verres de bière ou de vin pris dans un bar.
« En Grande-Bretagne, on ferme souvent les yeux sur ce type d’infraction, alors que par exemple en Suède, on est tout à fait d’accord pour recommander à la personne de prendre un taxi. L’acceptation sociale autour de l’alcool au volant varie largement entre les États membres de l’Union européenne.
La tâche d’Ellen Townsend consiste à influencer les politiciens et les décideurs à Bruxelles et au sein des États membres de l’Union, en vue de renforcer le cadre réglementaire sur la sécurité routière.
Elle doit également veiller à encourager l’utilisation d’éthylotests anti-démarrage en Europe. La recherche montre que l’éthylotest est l’une des méthodes les plus efficaces pour prévenir la conduite en état d’ivresse. Malgré cela, son utilisation varie considérablement à travers le monde. Alors que les États-Unis, le Canada et l’Australie élaborent des normes pour les éthylotests depuis des décennies, le même processus en Europe n’est lancé que depuis quelques années.
Au sein de l’Union, seule la Finlande a une forme de législation dans le domaine. Des alcolocks obligatoires y sont utilisés dans le cadre de la réhabilitation des personnes reconnues coupables de conduite en état d’ivresse. Cinq pays, la France, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni, préparent actuellement une législation identique, après avoir évalués, ces dernières années, les effets de l’éthylotest dans une série de projets pilotes.
« Compte tenu de la capacité qu’a cette technologie d’épargner des vies, il est important de la faire connaître autour de soi. Mais ce n’est pas facile. Nous devons une nouvelle fois faire changer les mentalités afin que les gens réalisent les avantages de l’utilisation d’un éthylotest. Parallèlement, nous devons améliorer la conception des véhicules, de sorte qu’il soit plus facile d’installer un tel dispositif », souligne Ellen Townsend.
« Dans ce contexte, il est important que les politiciens et les représentants de l’industrie automobile et du transport s’impliquent, explique Ellen Townsend. L’Union européenne pourrait, par exemple, favoriser une loi sur le sujet avec l’introduction progressive et obligatoire de l’éthylotest pour des publics spécifiques. La France a, par exemple, décidé que d’ici l’année prochaine, des éthylotests anti-démarrage seront installés sur plus de 60.000 autobus scolaires. Et en Suède, l’Administration nationale des routes (Vägverket) utilise ce système sur tous ses véhicules depuis plusieurs années. »
« L’idéal aurait été de commencer par imposer l’usage de l’éthylotest à tous les organismes gouvernementaux, pour les transports commerciaux, ou dans le cadre de la réadaptation des personnes qui ont été reconnus coupables de conduite en état d’ivresse. Imaginez seulement le signal fort que cela donnerait si toutes les voitures du Parlement européen en étaient équipées !
En ce qui concerne Volvo Trucks, l’éthylotest fait l’objet depuis 2002 d’une attention particulière. Le constructeur est le premier dans le monde à proposer l’éthylotest anti-démarrage en option sur le marché de l’après-vente. En 2005, Volvo est de nouveau le premier à introduire ce dispositif en usine. Aujourd’hui, l’éthylotest est vendu en option sur les marchés en Suède, en Finlande, en Norvège et en France.
La sécurité routière est un élément essentiel pour Volvo Trucks, depuis sa création. C’est donc tout à fait naturel de consacrer tant d’efforts à l’éthylotest. Dans le même temps, nous devons nous souvenir que les conducteurs de camions ne sont en aucun cas surreprésentés dans les statistiques d’accidents routiers liés à l’alcool », explique Stig Boman, chef de projet sécurité chez Volvo Trucks. Il poursuit :
« Nous considérons l’éthylotest comme un outil de qualité pour nos clients. Ces derniers l’achètent en premier lieu pour accroître la sécurité dans les transports, mais aussi pour afficher leur volonté de participer à une meilleure sécurité routière. Qui plus est, c’est un excellent instrument de relations publiques. »
L’éthylotest est en soi conçu pour être d’une grande facilité d’utilisation. Ce système utilise la technologie à pile à combustible, qui fournit des résultats plus précis, contrairement aux semi-conducteurs déjà depuis longtemps sur le marché. L’haleine du conducteur est analysée dans l’unité portable qui transmet ensuite les résultats au système de commande électronique du véhicule. En cas de dépassement de la limite légale d’alcool par litre de sang, le démarrage du moteur est neutralisé.
Avec un intervalle de calibrage de 12 mois, l’éthylotest peut aussi facilement être vérifié à l’occasion de l’entretien planifié du véhicule.
« L’objectif était de concevoir un système sûr, fiable et à prix raisonnable. Mais les solutions de demain seront probablement tout à fait différentes. Les conducteurs n’auront même plus besoin de souffler dans l’appareil pour que celui-ci sache s’ils ont bu ou non », ajoute Stig Boman.
Mais que pensent les conducteurs professionnels du fait de devoir souffler dans un éthylotest avant de démarrer ? Nous avons rencontré Andreas Fluckinger, propriétaire et fondateur de Fluckinger Transport, une entreprise autrichienne spécialisée dans le transport de machines spéciales à travers l’Europe. Depuis l’année dernière, les plus de 200 camions Volvo que possède le transporteur sont tous équipés d’un éthylotest anti-démarrage.
« Les réactions chez nous ont été positives. Grâce à l’éthylotest, nos conducteurs peuvent prouver qu’ils sont parfaitement sobres quand ils conduisent. Autrement, dans l’opinion générale, l’ensemble de la profession est souvent pointé du doigt comme étant la cause du problème de l’alcool au volant. »
Dans le cadre d’un projet pilote effectué en collaboration avec Volvo Trucks, l’éthylotest équipant les véhicules de Fluckinger Transport a été intégré au système Dynafleet de l’entreprise. Ainsi, l’exploitant peut, à partir de son bureau, voir immédiatement si un de ses conducteurs est « dans le rouge » et ne peut donc pas démarrer son camion.
« Toutes les données nous arrivent en temps réel, ce qui nous permet de savoir exactement où et quand il se passe quelque chose. Si nous recevons une alerte sur le système, nous pouvons directement demander au conducteur concerné de s’arrêter. Nous avons un plan d’action que nous suivons de près, afin de prendre soin de nos employés si un tel incident devait survenir », souligne Andreas Fluckinger.
L’investissement dans ce système est selon lui très vite rentabilisé.
« Nos clients sont souvent très sensibles aux questions d’environnement et de sécurité. Ils exigent également que nous prenions nos responsabilités. À travers notre action, nous leur montrons que nous prenons les choses très au sérieux. »
Le déploiement de l’éthylotest n’est qu’une partie des efforts engagés par Volvo Trucks pour éradiquer la conduite en état d’ivresse sur les routes d’Europe. Volvo Trucks et l’ETSC soutiennent conjointement la campagne européenne « Safe & Sober », un projet qui a pour objectif de mieux faire comprendre la relation qui existe entre l’alcool et les accidents de la route, en particulier en ce qui concerne les activités de transport commercial.
« En tant que constructeur automobile, il est évidemment positif de développer des éthylotests de qualité pour nos camions. Mais quel sera le résultat si personne ne les installe », se demande Lennart Pilskog, responsable des relations avec les autorités chez Volvo Trucks, avant de poursuivre :
« Safe & Sober » est une campagne qui concerne dix capitales et qui s’étend sur trois ans. Des représentants des autorités et de la police, des organisations de sécurité nationales et régionales ainsi que des leaders d’opinions s’y retrouvent pour discuter des différents moyens de résoudre le problème.
Ce projet œuvre également pour une harmonisation des taux d’alcoolémie au volant autorisés dans l’Union européenne, en ce qui concerne les conducteurs professionnels. Ces taux varient aujourd’hui entre 0 et 0,8 mg/l.
« Notre objectif est que le transport professionnel soit le premier et serve de modèle pour tous les autres dans l’utilisation d’éthylotests. Mais légiférer sur la question est dénué de sens, tant que les taux d’alcoolémie au volant varieront autant au sein de l’Union. Nous aimerions convenir d’un taux d’alcoolémie limité commun avant de parler de légiférer », explique Lennart Pilskog. ■
l’alcool et la circulation
■ Le nombre de tués dans le trafic n’a cessé de diminuer dans l’UE, mais il est encore trop élevé. Dans la zone EU-25, plus de 40.000 personnes ont été tuées sur les routes en 2005. Le but est de réduire à moins de 30.000 le nombre de victimes en 2010.
Les camions sont seulement impliqués dans une faible proportion des accidents liés à l’alcool, mais des incidents impliquant des camions ont généralement un taux de mortalité supérieur, indépendamment de la cause des accidents.
Parmi tous les accidents routiers mortels dans l’UE, un quart sont directement liés à la consommation d’alcool.
Alcolock Volvo
■ Volvo BrAC (Breath Alcohol Tester) est un système intégré dans le véhicule, ce qui signifie que le camion ne peut être démarré par le conducteur que si son haleine ne contient pas d’alcool. Le conducteur souffle avant le départ et doit de nouveau souffler après un arrêt supérieur à 30 minutes.